Autrefois, à La Verrie,
Une sorcière dit-on,
Fameuse dans le canton
Et des habitants chérie,
Avait établi sa cour
A deux cent mètres du bourg. Au lieu dit des Bourdinières
On montre encore l'endroit,
Où, d'après ce que l'on croit
Venait sur de grosses pierres
Danser au soleil couchant
La sorcière bon enfant.
On y voit même la trace
Sanglante qu'elle y laissa
Un beau soir qu'elle y glissa
Tout du long, non sur la face
Mais bien sûr ... - à notre tour
Glissons et tirons au court.

Voici, nous dit la
légende
En deux ou trois mots, comment
Arriva cet accident
Qui fut le fait d'une bande
De lutins de Chambretaud ...
gens rien moins que comme il faut :
La dame des Bourdinières
Etait allée une nuit,
A ce Chambretaud maudit
Pour un banquet de sorcières,
Bien que déjà dans l'endroit,
Sans cause on lui battit froid. |
Parmi toutes ces
sorcières,
L'étiquette de rigueur
Donnait la place d'honneur
A celle des Bourdinières
Mais - voyez le mauvais goût ! -
On l'avait mise au bas bout.
La Dame de La Verrie
Très nettement réclama
L'affaire s'envenima
Et les lutins en furie
Par leurs Dames excités,
Rugirent de tous côtés.
La chose fut tôt
gâtée
Et l'on expulsa tout net
De la salle du banquet
La malheureuse invitée
Qui se voyait - mais trop tard ! -
Tombée dans un traquenard.
Non seulement à la
porte
On la mit, mais des lutins
Transformés en assassins,
La mugissante cohorte
La poursuivit sans répit,
Hurlant à travers la nuit.
Alors, la pauvre
sorcière
Sur son long manche à balai
S'en vint chercher sans délai
Un refuge sur la pierre
Ou la meute devait voir
Expirer tout son pouvoir.
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Elle arrive aux Bourdinières,
Quasiment morte à moitié,
Et brusquement met le pied
Sur la plus grosse des pierres ;
Mais elle fait un faux-pas
Elle glisse, et patatras !Tout au long elle s'étale,
Et dame ! en se relevant,
Montre ... - La lune, croyant
Voir alors ... une rivale
En éprouva, tout là haut,
De dépit un soubresaut !
Or, c'est bien cette glissade
Qui, tout le long du rocher,
- comme elle dut s'écorcher -
Témoigne de l'accolade
Ainsi donnée au granit
Par le revers d'un esprit.
Depuis lors, notre sorcière
N'alla plus à Chambretaud
Et portait un long manteau
Cachant ce qu'à la légère
La lune d'en haut, avait
pris pour son propre portrait.

Henri Du Bocage |